18 septembre 2008
Ras de marée

Tout est calme au loin mais voici que les vagues s'enflent et se soulèvent
Elle a beau courir pour s'enfuir, ses jambes ne gagnent pas en vélocité
Terrorisée par sa peur elle se cache dans une grotte sur la grève
Mais là encore l'angoisse la rejoint, cette angoisse de petite fille oubliée
Des lames dont elle perçoit le tumulte et la violence tout près du rivage
Se brisent au pied de la falaise où elle a trouvé refuge près de la plage
Son cœur bat chamade tandis qu'elle pleure seule dans l'anfractuosité
Qui la protège mais l'emprisonne, nul recul ni issue possible pour sa sécurité
Elle s'endort l'estomac noué, abrutie de la fatigue de tous ses membres
Combien de temps tiendra t'elle ainsi à résister et qui viendra la délivrer?
Dans son rêve il vient cet homme espéré, ce défenseur de légende
Il connaît des chemins d'elle ignorés et qu'elle ne pouvait trouver
Tant par sa peur et ses larmes, même son bon sens était aveuglé
Il arrive, calme et grand seigneur, la soulève dans ses bras
Et sans la brusquer l'emmène dans un endroit où elle sera à l'abri
Alors le ras de marée terrible qui a détruit tous les navires à l'ancre
Cesse son grondement et le calme revient au dehors comme dans son cœur
Elle a rêvé mais de l'homme entrevu en songe, de sa force et de sa voix
Elle gardera le souvenir en elle comme un coin de bonheur
© Michèle Siguret
15 septembre 2008
Souvenir de mon arbre

Loin là haut, au fond, le ciel limpide, bleu profond,
Surplombait les cimes noires de granit,
Les rochers, les éboulis jaune d'ocre.
Plus bas, la forêt serrée, compacte, d'émeraude.
Et tout près, au devant, dans le vert joyeux de la prairie
Parmi les fleurs multicolores
S'élevait l'arbre blanc au feuillage léger et frémissant
Le majestueux bouleau à l'écorce tachetée
Qui m'offrait son ombre pour m'y endormir et rêver.
© Michèle Siguret
13 septembre 2008
La lune et le cyprès

Un soir, dérangé par une petite brise qui l'empêchait de s'endormir
Un cyprès dans la force de l'âge s'adressa en ces termes à la Lune:
- Que faites-vous là-haut? - Je m'interroge, dit-elle, dans un soupir
- Et quel est l'objet de votre tourment Madame la Lune?
- Hélas! La journée, invisible, je dors, tous m'oublient.
Et la nuit, je réfléchis la lumière du Grand Soleil.
Mais je m'attriste de n'exister que par Lui.
Le vieil arbre, compatissant, secoua dans un frisson
Ses mille feuilles vertes aux petites écailles et compatit:
"Ne dites pas de sottises, Madame la Lune.
Vous me manquez beaucoup quand vous n'êtes pas dans le ciel étoilé.
Bien sûr, le Soleil me permet de m'élever, de grandir et de rester vigoureux.
Mais, Vous Belle Dame de la Nuit, vous me bercez de vos doux rayons,
Vous m'aidez à rêver et j'aime votre délicate compagnie.
Quand vous partez réfléchir de l'autre côté de la Terre,
Le ciel est sombre et je ne peux vous suivre, je reste ici.
Alors j'attends votre retour et je guette vos premières lueurs.
Je vous aime tant, Madame la Lune"
Alors la lune se cacha derrière un nuage pour rougir
Et le ciel s'empourpra du rose de son sourire.
© Michèle Siguret
07 septembre 2008
Je ne suis pas un arbre
L'eau coule sous mes pieds
Mes racines flottent et cherchent un rocher
Je ne suis pas un arbre
Parfois j'aimerais avoir sa solidité
Mais sûrement pas son immobilité...
Le vent courbe ma tige
Il me bouscule, me tourmente,
Je ne suis pas un arbre
Parfois j'aimerais avoir sa stabilité
Mais sûrement pas sa rigidité...
Le soleil me chauffe et me brûle
Il dessèche mes feuilles
Je ne suis pas un arbre
Parfois j'aimerais avoir sa sérénité
Mais sûrement pas son impassibilité...
Ainsi petite plante aquatique
Je vis en perpétuel mouvement
Je me sens bien finalement
L'eau coule sous mes pieds
Le vent courbe ma tige
Le soleil me chauffe
Je ne suis pas un arbre
Mais je préfère être moi.
© Michèle Siguret
Le sapin
Petit hameau de montagne
Temps de l'Avent
Après-midi froid et pâle soleil
Les enfants dans la forêt recherchent
Un sapin pour Noël
Petit arbre isolé dans le talus
Pioches et pelles à l'œuvre
Déraciné avec patience
Transporté avec fierté
Installé dans un pot de terre
Transfiguré par les guirlandes
Joie dans la maison
Fin de la fête
Petit sapin transplanté dans le pré
Soigné, surveillé, arrosé, entouré
Les enfants grandissent, lui aussi
Cris de joie d'année en année
Deux ans, il atteint le rebord de la fenêtre
Cinq ans, il est aussi haut que le balcon
Dix ans, on voit sa cime du premier étage
Quinze ans, majestueux, solide, large,
Dans la force de l'âge
Enfants grandis, enfants partis
Famille désunie
Maison vendue, nouveaux occupants
"Ce sapin nous cache la lumière"
Tronçonneuse puis plus rien...
© Michèle Siguret
16 août 2008
Errance
Il se sent seul et perdu en son cœur
Comme déraciné, en transit, en exil
Et pourtant il vit dans sa demeure
Avec le nécessaire comme
l’inutile
L’inconnu, une errance, un voyage
Sans destination précise il
souffre
De ne pas reconnaître le paysage
Ses habitudes, sa famille, ses
loisirs
Lui semble dorénavant sans
intérêt
Et rien ne lui donne de plaisir
Il tourne sans savoir quelle
direction
Donner à sa vie devenue vide
Et dédaigne ses fréquentations
Et le redoutant en même temps
Qu’il s’y prépare il reste
prudent
Et recherche en lui l’apaisement
A renoncé à ses ambitions
Laissé tomber ses airs fiers
Et oublié ses vastes prétentions
A besoin de vivre une nouveauté
Mais garde ses paupières closes
Ne voit pas de l’amour la beauté
Je vis en conscience dans mon
présent
Attendant comme une mère
confiante
Le moment béni de l’accouchement.
De me montrer joyeuse et légère
Et de rester l’épauler et le
soutenir
Sans m’affecter de son humeur
guerrière…
© Michèle Siguret
Merci à Nancy pour m'avoir incitée à écrire de nouveau un poème...
15 juillet 2008
Le parfum de l'oubli
Elle ouvrit la porte qui grinça 
Et monta doucement pas à pas
Elle retrouvait les tomettes rouges
De l’escalier d’antan où rien ne bouge
L’armoire teintée de merisier
Lui rappelait les souvenirs d’un passé
Dont l’ombre, imposante présence
Hantait encore sa vieille existence
A la fin des journées de lessive partagées
Le linge était soigneusement rangé
Dans les sachets de lavande défraichie
Alors lui revint le parfum de l’oubli…
Merci à Elisabeth pour sa fidélité dans le silence
© Michèle Siguret
30 mai 2008
Amoureuse

Quand
nous sommes sortis de la chambre, j'ai glissé ma main doucement près de
son coude nu et pris son bras avec délicatesse. Il n'a pas protesté. Et
tandis que nous marchions sur la moquette de l'hôtel où les coquelicots
faisaient comme un tapis de fleurs sous nos pieds, je me sentais des
ailes et une fierté sans égale d'être à son bras. Je lui dis alors:
"Regarde, nous sommes comme un roi et une reine marchant sur un tapis
rouge ou dans un champ de fleurs" et il a souri légèrement. Et mon cœur
était empli de l'amour le plus absolu.
Michka
© Michèle Siguret
28 février 2008
Petite fleur solitaire
Comme
elle, j'essaie de toujours rester bien droite mais c'est si difficile
parfois et certains matins sont si froids pour une petite fleur toute
seule...
Michka
20 février 2008
Lui
Dans ma mémoire, c'est sa voix
Qui résonne douce et chaude
Et me murmure quand je m'endors
Des mots de réconfort
Pour me consoler
Dans mes yeux, c'est son regard
Que je dépose sur ce qui m'entoure
Et il est partout au travers de l'amour
Comme une lumière
Pour me guider
Dans mon cou, c'est son souffle
Qui me réchauffe, ses bras me tiennent
Toujours sa présence m'accompagne
Comme de grandes ailes
Pour me protéger
Sur mes lèvres, c'est sa bouche
Qui sourit à demi dans mon rêve
Ses yeux clos cachent son âme
Comme une eau dormante
Pour me bercer
Dans mon ventre, c'est son désir
Qui cogne et pulse à l'intérieur
Et réveille en moi des sensations
Comme un grand soleil
Pour me réchauffer
©Michèle Siguret